Résumé de l'épisode précédent : Fleur de Lune et la Fée découvrent le « Don de Dieu » et leur cabine. Puis c’est le départ.
C’est un moment magique, nos héros partent enfin pour la grande aventure. Tout au plaisir de la nouveauté, la fillette et sa marraine s’aperçoivent, en le voyant qu’elles avaient
complètement oublié leur ami le Chat ! Mais elles doivent se préparer pour le dîner. Car ce soir les passagers sont invités par Monsieur de Champlain. Fleur de Lune et la Fée
pensent y retrouver Guillaume de Carabas. Elles donnent donc rendez-vous au Chat plus tard dans la soirée, ce qui ne fait pas du tout son affaire. |
Fleur de Lune était vraiment désolée et la Fée se promit, à l’avenir, de faire très attention. Une fée digne de ce nom, est emplie de compassion, proche de la perfection et doit montrer l’exemple… Elles retournèrent toutes deux en silence jusqu’à leur cabine et se changèrent rapidement pour le dîner. Malgré le choix passionnant d’un nouveau vêtement, Fleur de Lune ne pouvait oublier le regard désespéré de son ami le Chat. Elle en était là de ses pensées quand on frappa à la porte. Elle jeta un dernier regard vers le miroir et fut assez satisfaite de son apparence. Elle se trouva même ravissante dans cette robe de velours gris souris, rehaussée de galons de satin rose, avec un grand col de dentelle. -« Un peu de modestie s’il vous plait Mademoiselle Hébertet, dit la Fée gentiment moqueuse. » Sur ces mots qui n’attendaient pas de réponse, elle ouvrit la porte. Comme prévu, Jean venait les chercher. -« Mademoiselle Isabelle a une très jolie robe et le rose lui va à ravir. Je vais être très fier de ma nouvelle petite sœur, dit-il toujours aussi charmeur. » La Fée se retint de rire et Fleur de Lune rougit. Les compliments sont toujours agréables, mais cette histoire de petite sœur ne lui plaisait pas vraiment. Pourtant, il faudrait bien qu’elle s’en contente… pour le moment !
Le repas fut excellent. Le cuistot s’était surpassé pour ce dîner d’accueil. C’était un des derniers repas avec viandes, légumes et fruits frais. On n’avait pas encore inventé les réfrigérateurs. Au dessert, le cuistot apporta un merveilleux gâteau et il le déposa devant elle! Il y avait de la Fée là-dessous ! Apparemment tout le monde était au courant de l’événement. Et Fleur de Lune vécu son plus bel anniversaire !
Au cours de la soirée, la Fée et sa filleule firent connaissance avec le célèbre Samuel de Champlain. C’était un homme de bonne compagnie, comme on disait en ce temps-là. Il passionna son auditoire en parlant de la Nouvelle France et de sa mission. On aurait pu passer la nuit à l’écouter « raconter » ce pays pour lequel il était prêt à donner sa vie. Parmi les émigrants de tous âges et de toutes professions y avait un adolescent nommé Etienne Brûlé. Il n’avait que seize ans et se montra très attentionné avec Fleur de Lune. Il rêvait de vivre avec les indiens. Lui, au moins, n’avait pas l’air de la considérer comme une petite fille. Avant de souhaiter à tous les convives une bonne première nuit, Monsieur de Champlain dit à l’adresse de Fleur de Lune : -« Chère petite Isabelle, j’espère que vous me permettrez de vous appeler ainsi. Je vais vous confier un secret : je ne vais pas tarder à me marier, ma future épouse s’appelle Hélène, et j’espère que parmi nos nombreux enfants, nous auront une fille qui vous ressemble.» Fleur de Lune était très émue, mais elle ne pouvait pas oublier que de l’autre côté de l’Atlantique, elle avait de vrais parents qui ne savaient même pas qu’elle était en train de fêter sans eux son anniversaire. Elle les imaginait, bien au chaud, dans leur maison au bord du lac, dans son Canada du vingt et unième siècle. Elle en eut les larmes aux yeux comme à chaque fois qu'elle pensait à eux. Les convives qui ne pouvaient pas savoir les raisons de ce soudain chagrin, pensèrent que c’était à cause des dernières paroles de Monsieur de Champlain. Elle se retint de pleurer, mais elle avait le cœur serré. Là-bas très loin, il y avait un Papa et une Maman qui dormaient tranquillement. Des parents qui ne sauraient sans doute jamais, que leur fille chérie était en train de faire un très long voyage dans le temps. Un voyage de plusieurs années peut-être, en une seule nuit. Cela semblait impossible, et pourtant c’était la réalité, puisque Fleur de Lune était en train de le vivre. La soirée terminée, la fillette et sa marraine reprirent le chemin de leur cabine. Après un moment de silence la Fée se pencha vers la fillette et lui dit à voix basse pour éviter qu’une oreille indiscrète l’entende :-« Comme tu as pu le constater ma chère filleule, Guillaume de Carabas n’est pas à bord du « Don de Dieu ». -« Comment allons-nous faire ? demanda Fleur de Lune très inquiète. »-« Ce n’est pas si grave, répondit la Fée, d’un ton rassurant. Nous avions une chance sur deux de le rencontrer, puisque Dugas de Monts avait armé deux navires pour la Nouvelle France. Guillaume est sans doute partis le 3 avril sur le premier galion : « Le Lièvre » commandé par Monsieur de Pont Gravé. Rassure-toi, nous retrouverons notre Guillaume au Canada. Pour le moment, occupons-nous plutôt de nous réconcilier avec notre ami le Chat qui doit nous en vouloir et à juste titre ! »
La Fée ne croyait pas si bien dire. Ce soir-là, le Chat s’était senti complètement abandonné. Il ne comprenait pas l’attitude de ses deux amies, puisque depuis le départ il avait consciencieusement rempli son contrat d’espion… Dès son arrivée sur le bateau, il avait fait le tour du propriétaire. Les chats sont des animaux très curieux ! A sa grande surprise, il avait assez rapidement reçu et surtout évité quelques coups de savates… Pourtant l’équipage était bien content qu’il soit là et en premier, le cuistot qui d’ordinaire compte sur le chat du bord pour protéger les vivres. Sur un navire, au 17ème siècle, les rats et les souris sont un fléau* pour tout le monde. Un chat est utile et nécessaire, et donc, d’une certaine façon, on le respecte. Notre ami le Chat avait tout de suite appris beaucoup de choses sur la vie à bord et s’était rapidement intégré. Fleur de Lune et la Fée auraient du lui être reconnaissante du bon travail effectué. Toute peine mérite salaire… or, elles avaient apparemment oublié jusqu’à son existence!... Il en conclut qu’il comptait bien peu pour elles… Alors désespéré, il se mit à pleurer de grosses larmes invisibles et pensa se jeter dans la mer. Heureusement, il se souvint à temps que les chats n’aiment pas l’eau et l’instinct de conservation aidant, il se dit que franchement, ni la Fée, ni Fleur de Lune, ne valaient qu’on se tua pour elles. Ne sachant plus à quel saint se vouer, il alla cacher son chagrin dans un rouleau de cordages et là, ivre de tristesse et de fatigue, il tenta de s’endormir des deux yeux, malgré le proverbe qui dit que les chats ne dorment que d’un œil. -« Je ne verrai et n’entendrai rien de ce qui peut se passer cette nuit et comme cela, je n’aurai rien à raconter, marmonna-t-il juste avant de sombrer dans le sommeil. Et à partir de maintenant je garderai pour moi seul toutes les informations que je récolterai au cours de ce voyage ! » Avant de s’endormir, il peaufina ses projets de vengeance. Après avoir bien réfléchi, il prit la décision de se cacher dans les dédales des ponts inférieurs. Ni la Fée, ni Fleur de Lune n’oserait le chercher à cet endroit. Adieu l’espion !
A suivre…
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